L’amortissement est un mécanisme comptable qui permet de constater la perte de valeur d’un bien dans le temps. Appliqué à l’investissement immobilier locatif, il devient un levier fiscal puissant : il réduit le résultat imposable du bailleur, parfois jusqu’à neutraliser totalement l’imposition des loyers. Encore faut-il relever du bon régime fiscal. Cet article détaille le principe de l’amortissement, les statuts qui y donnent accès, la méthode de calcul par composants et son impact concret sur la rentabilité d’un projet locatif.

Qu’est-ce que l’amortissement en immobilier locatif ?

L’amortissement consiste à déduire chaque année une fraction du prix d’acquisition d’un bien locatif, pour refléter son usure économique. Cette charge déductible n’entraîne aucun décaissement réel. Elle vient seulement diminuer le résultat fiscal du bailleur.

En comptabilité, l’amortissement traduit la consommation des avantages économiques attendus d’un actif sur sa durée d’utilisation. L’administration fiscale reprend cette logique pour autoriser une déduction du résultat imposable. Le cadre est précisé par le principe général de l’amortissement comptable publié au BOFiP. Trois conditions sont requises : l’élément doit être inscrit à l’actif, avoir une durée d’utilisation limitée, et subir une dépréciation prévisible.

Les régimes qui autorisent l’amortissement du bien locatif

Le statut LMNP et LMP au régime réel

La location meublée relève des bénéfices industriels et commerciaux (BIC). Au régime réel, le bailleur peut amortir le bien immobilier, le mobilier et les équipements. Le statut de loueur en meublé non professionnel (LMNP) concerne la majorité des particuliers. Le statut de loueur en meublé professionnel (LMP) s’applique au-delà de 23 000 € de recettes annuelles, si ces recettes excèdent les autres revenus d’activité du foyer. Dans les deux cas, l’amortissement vient s’imputer sur les loyers après déduction des charges réelles. Lorsque l’amortissement excède le résultat avant amortissement, l’excédent n’est pas perdu : il est reporté sans limite de

Le dispositif Jeanbrun, nouveau cadre pour la location nue

Entré en vigueur en 2026, le dispositif Jeanbrun introduit pour la première fois un mécanisme d’amortissement applicable à la location nue. Il s’adresse au bailleur privé qui s’engage à louer son bien pendant 9 ans à un niveau de loyer encadré. Sa logique fiscale, ses taux et ses plafonds sont détaillés plus bas dans cet article.

Comment calcule-t-on l’amortissement d’un bien locatif ?

Le calcul repose sur deux principes : décomposer le bien en composants distincts et amortir chaque composant sur sa propre durée d’usage. Le terrain, qui ne se déprécie pas, reste exclu de la base amortissable.

La décomposition par composants

Un immeuble locatif n’est pas amorti comme un bloc unique. Il se découpe en plusieurs éléments dont la durée de vie diffère. La pratique retient généralement quatre à six composants : gros œuvre, façade et étanchéité, toiture, installations techniques (électricité, plomberie, chauffage), agencements intérieurs et menuiseries. Chaque composant reçoit une quote-part du prix de revient, déterminée à partir d’une ventilation technique. Cette répartition s’appuie sur des grilles fournies par les experts-comptables ou sur le rapport d’un diagnostiqueur. Une décomposition rigoureuse sécurise la déduction face à un éventuel contrôle fiscal.

Les durées d’amortissement et l’exclusion du terrain

Chaque composant suit une durée propre. Le gros œuvre s’amortit le plus souvent sur 40 à 50 ans, la toiture sur 25 à 30 ans, les installations techniques sur 15 à 20 ans, les agencements sur 10 à 15 ans. Le mobilier, lorsqu’il est inscrit à l’actif d’une activité meublée, s’amortit sur 5 à 10 ans. Le terrain est isolé du calcul : il représente en règle générale 10 à 20 % du prix d’acquisition en zone urbaine, davantage pour une maison individuelle avec parcelle. Cette quote-part doit être justifiée, soit par l’acte notarié, soit par une évaluation argumentée.

Quel impact fiscal pour l’investisseur ?

L’amortissement diminue mécaniquement le résultat imposable du bailleur. Bien dimensionné, il neutralise tout ou partie des loyers pendant plusieurs années, voire pendant toute la durée de détention pour les biens financés à crédit.

Concrètement, le calcul s’effectue en cascade. Les loyers encaissés sont d’abord diminués des charges déductibles : intérêts d’emprunt, taxe foncière, frais de gestion, primes d’assurance, charges de copropriété non récupérables. L’amortissement vient ensuite s’imputer sur le résultat intermédiaire. Lorsque ce dernier devient nul, l’imposition disparaît pour l’exercice concerné.

Si l’amortissement excède le résultat avant amortissement, l’excédent est reporté. En LMNP, ce report est illimité dans le temps : il viendra absorber les loyers des années suivantes. Cette mécanique permet de générer des revenus locatifs peu ou pas fiscalisés pendant une longue période, sans création de déficit imputable sur le revenu global du foyer.

L’arbitrage à considérer porte sur la revente. À la sortie, la plus-value imposable se calcule différemment selon le régime. En LMNP, depuis la réforme issue de la loi de finances pour 2025, les amortissements pratiqués sont réintégrés dans le calcul de la plus-value des particuliers.

Amortissement et dispositifs d’investissement locatif récents

Depuis l’arrêt du Pinel fin 2024, le législateur a fait évoluer les dispositifs de soutien à l’investissement locatif. La logique de la réduction d’impôt forfaitaire cède la place à un mécanisme d’amortissement fiscal, plus aligné avec la réalité économique de la détention immobilière.

Le dispositif Jeanbrun, entré en vigueur en 2026 dans le cadre de la loi de finances, incarne ce changement. Aussi appelé statut du bailleur privé ou dispositif Relance Logement, il s’applique sur l’ensemble du territoire français, sans condition de zonage. Il concerne les logements neufs, les acquisitions en VEFA et les logements anciens faisant l’objet de travaux représentant au moins 30 % du prix d’acquisition, sous réserve d’atteindre une classe énergétique A ou B au DPE.

Son fonctionnement repose sur un amortissement annuel du bien immobilier, dont le taux varie selon la nature de la location (intermédiaire, sociale ou très sociale) et selon l’état du bien (neuf ou ancien rénové). Les plafonds d’amortissement annuel s’échelonnent de 8 000 € à 12 000 € pour le neuf, et atteignent 10 700 € pour l’ancien rénové. Particularité notable du dispositif : l’amortissement peut s’imputer directement sur le revenu global du foyer fiscal, et non uniquement sur les revenus fonciers. Cette caractéristique le distingue du LMNP, où l’amortissement reste cantonné à la catégorie des BIC.

L’engagement de location est fixé à 9 ans minimum, en résidence principale, avec des plafonds de loyer inférieurs de 15 à 45 % au prix du marché selon le type de conventionnement. Pour visualiser l’impact financier réel sur un projet chiffré, on peut consulter un cas concret ici : dispositif Jeanbrun exemple concret.

Conclusion

L’amortissement est devenu le levier central de la fiscalité immobilière locative. Le LMNP au régime réel et le dispositif Jeanbrun ouvrent chacun une voie distincte, avec leurs propres règles de calcul, de plafonnement et de cession. Le choix du régime se décide en amont du projet : il conditionne le rendement net, la trésorerie disponible et la fiscalité de revente. Une analyse préalable, idéalement accompagnée par un professionnel du patrimoine, sécurise l’arbitrage.